Tours devallière : modèles et capacités

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Dans beaucoup d’ateliers de mécanique générale, le nom Devallière évoque tout de suite un tour compact, précis et étonnamment polyvalent. Pour un amateur exigeant comme pour un professionnel de la petite série, ces machines françaises restent une référence dès qu’il s’agit de travailler l’acier, l’inox ou le bronze sur des longueurs raisonnables. Leur réputation ne vient pas seulement de la précision d’usinage, mais aussi de la conception très réfléchie de la cinématique, de la boîte Norton et de la broche. Si vous cherchez un tour robuste sans basculer dans le “monstre” de plusieurs tonnes, un Devallière bien choisi offre souvent un compromis idéal entre encombrement, rigidité et capacités.

Présentation des tours devallière : historique, gammes emblématiques et usages en atelier

Les tours Devallière apparaissent dans l’après-guerre, à une époque où l’industrie française a besoin de machines-outils à la fois compactes et performantes. L’entreprise se spécialise très tôt dans les petits et moyens tours de précision, destinés aux ateliers d’outillage, à la formation et aux services de maintenance. Le modèle le plus emblématique reste le H130, produit en très grand nombre, mais la gamme s’étend ensuite vers des machines plus hautes de pointe comme les H140, H160 ou H220.

Ces tours trouvent leur place partout où il faut usiner des pièces de révolution avec une bonne répétabilité : bagues, axes, douilles, pièces de vélos ou de motos, outillage spécifique, prototypes mécaniques. Vous voyez souvent des Devallière dans des ateliers d’école, chez des artisans, mais aussi chez des particuliers passionnés, justement parce qu’ils offrent des capacités proches d’un tour d’atelier classique tout en restant transportables (800 kg à 1 t pour un H130 ou un H140 complet).

Un autre trait marquant est la variété des versions et des options d’origine : paliers bronze ou roulements de broche, nez de broche fileté ou CamLock, banc sur bâti ouvert ou fermé, différentes formes de carters de transmission et de boîtes Norton. Cette diversité explique qu’un même “H130” puisse être très différent d’un atelier à l’autre, et impose de bien analyser la plaque constructeur et les détails de fonderie avant achat.

Principaux modèles de tours devallière : H130, H140, H160, H220 et variantes

Tour devallière H130 : caractéristiques techniques, capacités entre pointes et contextes d’utilisation

Le tour Devallière H130 est probablement le modèle le plus recherché sur le marché de l’occasion. Sa hauteur de pointe de 130 mm permet un diamètre usinable de l’ordre de 260 mm au-dessus du banc, avec des longueurs entre pointes typiques de 500 à 700 mm selon les versions. C’est suffisant pour la plupart des travaux d’outillage, les pièces de vélo (moyeux, boîtiers de pédalier, douilles de direction) ou des pièces auto de taille moyenne comme des bagues de guidage, douilles ou petits arbres.

Les premières versions, souvent appelées H130 “type originel” ou H130A, utilisent une broche sur bague bronze avec un nez de broche fileté. Ces machines tournent généralement jusqu’à 1000 tr/min et demandent un réglage soigné du jeu de broche, mais elles restent très précises si elles ont été entretenues. Les versions plus récentes, H130C et H130F, adoptent des roulements de broche et un nez de broche CamLock D1-4, permettant des vitesses de 2000 à 2500 tr/min, appréciables pour le chariotage en carbure et les petits diamètres.

Dans beaucoup d’ateliers amateurs, un H130 bien équipé (boîte Norton complète, avance automatique, frein de broche, arrosage) couvre déjà 80 % des besoins courants. Les retours de terrain montrent que, bien réglé, un H130 permet de tenir des tolérances de l’ordre de ±0,01 mm en finition, ce qui suffit largement pour la plupart des montages ajustés et des roulements standard.

Tour devallière H140 : hauteur de pointe, boîte de vitesses, filetage métrique et impérial

Le tour H140 pousse légèrement les capacités avec une hauteur de pointe de 140 mm et une distance entre pointes typique de 750 mm. D’après les données relevées sur un H140 type E, le diamètre admissible sur le banc est de 280 mm et de 160 mm au-dessus du chariot, pour un alésage de broche de 35 mm. La vitesse de rotation maximale de 2500 tr/min place cette machine à l’aise aussi bien en ébauche d’acier que pour de la petite mécanique de précision.

La boîte de vitesses, couplée à une boîte Norton, permet un large choix de pas métriques et souvent impériaux avec un jeu d’engrenages de lyre adapté. Pour un utilisateur qui vise le filetage régulier (vis spéciales, adaptateurs, raccords), la boîte Norton de Devallière constitue un atout majeur : la sélection des pas se fait par leviers indexés, sans montage systématique de pignons de changement.

Le H140 reste suffisamment compact (environ 1700 × 900 × 1300 mm, pour un poids proche de 800 kg) pour tenir dans un petit atelier tout en apportant plus de marge en diamètre et en rigidité que le H130. Pour qui envisage du tournage d’arbres légèrement plus longs et des opérations plus “viriles” dans des aciers alliés, ce modèle représente un excellent compromis.

Tour devallière H160 : rigidité du banc, diamètre d’usinage au-dessus du banc et motorisation triphasée

Le Devallière H160 franchit un palier en termes de capacité et de rigidité. Avec une hauteur de pointe de 160 mm, le diamètre admissible au-dessus du banc avoisine les 320 mm, ce qui autorise des pièces sensiblement plus massives. Le banc, plus large et plus lourd que sur les H130/H140, offre une meilleure résistance à la flexion, ce qui se ressent directement sur la stabilité des passes lourdes et la finition.

Ces tours sont quasi systématiquement livrés en motorisation triphasée, avec des moteurs de 3 kW ou plus et, sur certaines versions, un couplage de type Dahlander permettant deux vitesses de rotation moteur. La transmission par courroies et boîte mécanique fournit alors une plage de vitesses couvrant à la fois l’ébauche lente (50 à 70 tr/min) et la finition rapide (jusqu’à 1600–1800 tr/min, selon variante).

Un H160 prend bien sûr plus de place qu’un H130, mais reste très raisonnable face à un gros tour de 2 t type Cholet 550. Pour un atelier qui produit des pièces de machines agricoles, des arbres de transmission, ou qui travaille régulièrement sur des volants moteurs ou des flasques de grand diamètre, le gain de confort et de productivité est réel.

Tour devallière H220 : grandes capacités, passage de broche et travaux de tournage lourd

Tout en haut de la gamme historique, le tour H220 s’adresse au tournage lourd. La hauteur de pointe de 220 mm (diamètre 440 mm sur le banc, voire plus dans le rompu) permet l’usinage de volants, disques de frein ou pièces mécaniques imposantes. Le banc est massif, la section des glissières généreuse, et le bâti fermé augmente encore la rigidité et la stabilité thermique.

Le passage de broche, supérieur à 50 mm selon les versions, autorise le passage d’arbres de bon diamètre à travers la broche, ce qui est précieux pour couper, usiner ou fileter des barres longues sans devoir les faire dépasser exagérément à l’arrière. La motorisation triphasée plus puissante et les boîtes de vitesses adaptées rendent les H220 aptes à encaisser des efforts de coupe élevés dans la fonte et les aciers fortement alliés.

Pour un atelier amateur, un H220 sera souvent surdimensionné en encombrement, en poids et en consommation électrique. En revanche, pour un atelier de mécanique générale ou de chaudronnerie, ce type de tour reste très compétitif en occasion face à des machines plus récentes mais parfois moins robustes.

Différences entre versions H130A, H130C, H140B : évolutions mécaniques et options d’origine

Les appellations H130A, H130C, H130F, ou encore H140E/H140B, correspondent à des évolutions mécaniques significatives. Les premiers H130 “A” utilisent une broche sur paliers lisses bronze avec un nez de broche fileté ; ils tournent plus lentement et nécessitent un graissage rigoureux, mais offrent une très bonne rigidité radiale. Les “C” passent sur roulements de précision, souvent de marque Gamet, avec nez de broche CamLock D1-4 et vitesses plus élevées.

Les variantes de bâti et de carters sont également parlantes : banc monté sur bâti ouvert ou fermé, nombre de portes d’accès (deux ou plus), carter de transmission épousant ou non la forme de la courroie, boîte Norton “plate” ou plus volumineuse. Certaines versions tardives sont livrées avec un frein de broche à pédale de série, très apprécié pour le travail en sécurité au quotidien.

Sur un H140B ou H140E, la broche est en général sur roulements, l’alésage de 35 mm et le nez CamLock D1-4, ce qui autorise l’utilisation de mandrins interchangeables modernes. Cette diversité rend indispensable l’examen détaillé de la machine que vous ciblez : plaque de vitesses, forme du carter, présence ou non de pompe de lubrification, tableau électrique en façade ou à l’arrière, etc.

Capacités d’usinage des tours devallière : hauteur de pointe, entrepointes et diamètres admissibles

Capacités entre pointes typiques (500 mm, 750 mm, 1000 mm) selon les modèles H130, H140 et H160

Les capacités entre pointes constituent un critère central dans le choix d’un tour Devallière. Sur les H130, les versions les plus courantes offrent 500 à 700 mm entre pointes, ce qui suffit pour la majorité des axes, vis trapézoïdales, porte-outils et pièces de vélo ou de moto. Les H140, quant à eux, se situent généralement autour de 750 mm entre pointes, d’après les fiches relevées, tout en conservant un encombrement total contenu.

Les H160 et H220, eux, montent à 1000 mm ou plus selon les configurations du banc. Vous bénéficiez alors d’une vraie capacité pour les arbres de transmission, les tubes de châssis ou les mandrins à plusieurs étages. En pratique, la limite utile dépend aussi de la présence d’une lunette fixe ou à suivre, et de votre tolérance au porte-à-faux lorsque vous serrez la pièce sur un seul côté du mandrin.

Diamètre usinable au-dessus du banc, au-dessus du chariot et au-dessus du traînard

Le diamètre maximum usinable n’est pas le même au-dessus du banc, du chariot transversal ou du traînard. Sur un H140 type E, les données indiquent un Ø 280 mm sur le banc et environ 160 mm sur le chariot. Le H130, avec sa hauteur de pointe de 130 mm, se situe plutôt autour de 260 mm sur banc et 140–150 mm sur chariot, selon la tourelle utilisée.

Cette distinction est cruciale lorsque vous prévoyez d’usiner des disques, plats, flasques ou volants moteurs. Une pièce qui passe juste au-dessus du banc peut venir en conflit avec le chariot si vous avez besoin de vous approcher du centre avec un outil de dressage. L’ajout d’un rompu (zone fraisée dans le banc devant le mandrin) sur certains modèles augmente ponctuellement le diamètre admissible, au prix d’une zone non guidée.

Modèle Hauteur de pointe Ø sur banc (approx.) Ø sur chariot (approx.)
H130 130 mm 260 mm 140–150 mm
H140 140 mm 280 mm 160 mm
H160 160 mm 320 mm 180 mm

En pratique, un tour Devallière bien dimensionné couvre la grande majorité des diamètres rencontrés en mécanique générale légère. Pour les très grandes pièces, mieux vaut toutefois passer sur un tour plus massif ou envisager un usinage partiel et un montage spécifique.

Passage de broche et mandrins compatibles (röhm, ladner, pratt burnerd) sur tours devallière

Le passage de broche conditionne directement la taille des barres que vous pouvez faire passer à travers la broche. Sur un H140, l’alésage courant est de 35 mm, ce qui permet de travailler confortablement avec des barres jusqu’à environ 32–33 mm de diamètre. Les H130 offrent un passage un peu plus réduit, alors que les H160 et H220 montent fréquemment à 40 mm ou plus.

Côté mandrins, les nez de broche CamLock D1-4 des versions C et F s’accommodent très bien de mandrins modernes de marques comme Röhm, Ladner ou Pratt Burnerd. Vous pouvez ainsi équiper votre tour de mandrins trois mors concentriques, quatre mors indépendants ou mandrins de reprise à pinces, en profitant d’une interchangeabilité rapide et d’une bonne concentricité.

Sur les anciennes versions à nez fileté, le choix est un peu plus restreint, et il faut parfois faire réaliser un plateau d’adaptation usiné sur mesure. Pour un usage intensif, la solution CamLock demeure plus confortable, surtout si vous changez fréquemment de mandrin ou si vous montez régulièrement un plateau de reprise.

Vitesses de rotation et plages de vitesses par boîte norton sur H130 et H140

La plage de vitesses joue un rôle essentiel sur la productivité et la qualité de surface. Sur un H130A à paliers bronze, les vitesses plafond tournent autour de 1000 tr/min, ce qui convient encore pour l’acier au carbone et les diamètres moyens, mais limite un peu la performance en petits diamètres ou en carbure. Les H130C et H140E montent, eux, jusqu’à 2000 à 2500 tr/min, avec des paliers plus serrés entre vitesses.

La boîte Norton ne gère pas les vitesses de broche mais les avances et filetages. Elle reste néanmoins intimement liée à la cinématique générale du tour. Sur un même H130, la combinaison des rapports d’engrenages et des positions de leviers fournit souvent plus de 40 rapports d’avance et de filetage, couvrant une grande plage de pas métriques et, avec l’aide d’un train de pignons spécifique, des pas impériaux ou modulaires.

Pour un utilisateur qui veut “tout faire” sur son tour Devallière, la présence d’une boîte Norton complète, avec les pignons d’origine, représente un atout économique majeur. Chaque changement manuel de pignons sur la lyre prend du temps, augmente le risque d’erreur et décourage les changements fréquents de pas, ce qui finit par limiter votre créativité.

Efforts de coupe admissibles et limitations pour les aciers alliés, inox et fontes

Les tours Devallière ne sont pas des monstres de 3 t comme certains Ernault Somua, mais leur rigidité reste très honorable pour leur gabarit. Sur un H130 ou un H140 en bon état, vous pouvez sans problème réaliser des passes de 1 à 2 mm de profondeur dans de l’acier au carbone avec un outil à plaquette bien affûté, en restant dans des efforts de coupe raisonnables. Un H160 ou un H220 encaissera plus, mais le bridage de la pièce et l’état des glissières deviennent alors déterminants.

Sur des aciers alliés ou des inox austénitiques, il convient de réduire légèrement la profondeur de passe et d’optimiser la vitesse de coupe, surtout si votre machine approche les 50–60 ans. La fonte se travaille très bien sur ces tours, à condition de respecter des vitesses modérées et de protéger les glissières de la poussière abrasive. Une bonne pratique consiste à installer des racleurs efficaces et à essuyer régulièrement le banc pendant les longues séries.

Un tour Devallière bien réglé ne limite pas l’utilisateur par sa capacité, mais par la qualité de préparation de la pièce, la rigidité du montage et la pertinence des conditions de coupe choisies.

Cinématique et architecture mécanique des tours devallière

Banc prismatique trempé, largeur de glissières et précision de rectification

Le banc des tours Devallière est de type prismatique, avec des glissières en V et plates, trempées et rectifiées sur les versions les plus récentes. La largeur des glissières est proportionnelle à la hauteur de pointe : plus on monte en gamme (H160, H220), plus la section de fonderie est importante, ce qui limite les déformations et les vibrations.

La précision de rectification du banc conditionne directement la géométrie de la machine. Sur un H130C entretenu, le défaut de cylindricité sur 200 mm peut rester inférieur à 0,01 mm si le banc n’a pas été creusé près du mandrin par des années de travail intensif. Lors d’un achat d’occasion, un contrôle avec un comparateur et une barre étalon reste la meilleure façon d’objectiver l’usure du banc, surtout au plus près de la zone de travail habituelle.

Pour vous, un banc sain signifie des dressages bien plats, des cônes contrôlés et des portées de roulement qui montent sans grippage. À l’inverse, un banc marqué oblige à des rattrapages permanents sur les volants et rend plus difficile l’obtention de cotes très serrées sur toute la longueur.

Broche principale : type de roulements, nez de broche, cône morse et équilibrage

La broche principale est le cœur de la machine. Sur les anciens H130A, elle tourne sur bague bronze, avec possibilité de régler finement le jeu axial et radial. Sur les H130C, H130F, H140E et suivants, la broche reçoit des roulements de précision, souvent de type Gamet ou équivalent, conçus pour assurer une excellente concentricité et une bonne tenue à la vitesse.

Le nez de broche varie : filetage spécifique Devallière pour les premières séries, puis CamLock D1-4 sur les versions modernisées. Le cône interne de broche est généralement un CM3 (Cône Morse 3) sur les H140, parfois identique sur H130, ce qui facilite le montage de pointes, mandrins de perçage ou dispositifs intermédiaires. Un bon équilibrage dynamique de la broche, couplé à des roulements en bon état, se traduit par un bruit régulier et une absence de vibrations sensibles au toucher.

En pratique, lorsque vous examinez un tour Devallière, une rotation à la main, machine hors tension, permet déjà de sentir des points durs éventuels, des jeux excessifs ou des bruits anormaux. Sur une machine d’occasion, l’état de la broche et de ses roulements représente souvent le coût de remise en état le plus important après celui du banc.

Boîte d’avances et d’inversion : sélecteurs, gammes d’avances et usinage de filetages complexes

La boîte d’avances, généralement une boîte Norton, constitue l’un des grands atouts des tours Devallière. Les sélecteurs à leviers permettent de choisir rapidement la combinaison d’avance souhaitée, aussi bien pour le chariotage longitudinal que transversal. L’inversion de sens se fait par levier de renversement, ce qui facilite par exemple l’usinage de filetages à gauche ou les reprises délicates.

Les gammes d’avances couvrent des valeurs compatibles avec la plupart des travaux : avances fines pour la finition, valeurs plus élevées pour l’ébauche. Combinées aux trains de pignons de lyre, ces boîtes autorisent le filetage de pas métriques, impériaux, modulaires ou spéciaux, tant que vous disposez des pignons nécessaires. Pour un utilisateur avancé, cette souplesse ouvre la porte à des pièces très variées : vis spéciales, raccords hydrauliques, filetages BSP, NPT, etc.

La boîte Norton d’un Devallière n’est pas seulement un confort : c’est un multiplicateur de possibilités, surtout si vous manipulez souvent des filetages atypiques ou des séries de pièces similaires.

Trainard, transversal et petit chariot : vis trapézoïdales, lardons et rattrapage de jeu

Le trainard des tours Devallière coulisse sur toute la longueur du banc et reçoit le chariot transversal et le petit chariot. Les mouvements se font via des vis trapézoïdales, dimensionnées pour la charge, avec écrous bronze et dispositifs de rattrapage de jeu sur les versions les plus évoluées. Les lardons coniques ou à vis assurent le guidage sans jeu des patins sur les glissières.

Un bon réglage des lardons et un jeu axial maîtrisé sur les vis se traduisent par une manœuvre douce des volants, sans point dur, tout en maintenant la précision de positionnement. Avec l’usure, un certain jeu de vis-mère et de vis transversale apparaît inévitable, mais il reste possible de compenser partiellement par les verniers gradués et par une habitude de “reprendre le jeu” toujours du même côté.

Pour des travaux exigeants (rainures, cônes précis, portées de roulements), vérifier l’état du trainard et des vis constitue une étape clé avant de vous lancer sur une machine d’occasion. Une vis transversale très marquée au centre, par exemple, génère des différences de jeu selon la position, ce qui peut perturber la répétabilité.

Transmission par courroies et motorisation : moteurs Leroy-Somer, couplage dahlander, freinage

La transmission de puissance sur un tour Devallière se fait en général par courroies trapézoïdales entre le moteur et la boîte de vitesses de broche. De nombreux exemplaires sont équipés d’origine ou en remplacement de moteurs Leroy-Somer, réputés fiables et faciles à reconditionner. Sur certains modèles, le couplage Dahlander offre deux vitesses moteur, combinées aux poulies et engrenages pour fournir une large plage de vitesses de broche.

Le freinage de broche varie selon les séries. Certains H130 anciens n’ont pas de frein mécanique, d’autres H130C ou H130F disposent d’un tambour avec pédale en façade, très confortable pour arrêter la rotation avant une mesure ou un changement d’outil. Beaucoup d’utilisateurs modernisent aussi leurs Devallière par l’ajout d’un variateur de fréquence (VFD), qui apporte un freinage par injection de courant continu et une variation continue de vitesse.

Pour vous, la question centrale est la compatibilité électrique (220 V monophasé ou 380 V triphasé) et la facilité d’adaptation d’un variateur si vous travaillez dans un petit atelier domestique. Une motorisation bien pensée transforme un tour Devallière en machine très agréable au quotidien, avec moins de bruit et plus de contrôle sur les conditions de coupe.

Accessoires spécifiques devallière : mandrins, lunettes, pinces et dispositifs de copiage

Mandrins trois mors, quatre mors indépendants et plateaux de reprise adaptés aux H130 et H140

Les accessoires jouent un rôle déterminant dans la polyvalence d’un tour Devallière. Les mandrins trois mors concentriques restent l’outil de base pour serrer rapidement des pièces rondes ou hexagonales. Les H130 et H140 acceptent couramment des mandrins de 125 à 160 mm de diamètre, ce qui donne un bon compromis entre capacité de serrage et encombrement.

Un mandrin quatre mors indépendants complète idéalement l’équipement, notamment pour le centrage précis de pièces non cylindriques ou pour le rattrapage d’un faux-rond. Les plateaux de reprise, eux, permettent le montage de bridages spécifiques, de mors doux ou de gabarits de production. Sur les nez CamLock, le changement de mandrin est rapide et sûr, ce qui encourage l’usage de plusieurs montages dédiés.

Lunettes fixe et à suivre devallière : capacités, réglages et maintien des arbres longs

Pour le tournage d’arbres longs ou de pièces fines, les lunettes deviennent vite indispensables. La lunette fixe se monte sur le banc et soutient la pièce à une position définie, tandis que la lunette à suivre est fixée sur le trainard et accompagne l’outil pendant la passe. Devallière proposait des lunettes spécifiquement adaptées à la géométrie de chaque modèle, avec des portées réglables par vis.

Le bon réglage d’une lunette consiste à centrer précisément la pièce par rapport à l’axe de broche, tout en assurant un contact ferme mais non grippant. Une goutte d’huile sur les touches de lunette et un contrôle de la température de la pièce pendant l’usinage évitent les échauffements. Avec un H130 ou un H140 bien équipé, vous pouvez ainsi surfacer ou dresser des arbres de 500–700 mm sans flambage excessif.

Systèmes de pinces type W20 et W25 : précision de serrage pour la petite pièce de révolution

Pour la petite série de pièces de révolution de faible diamètre (axes, vis, entretoises), les systèmes de pinces restent imbattables en termes de concentricité et de répétabilité. De nombreux utilisateurs montent sur leurs tours Devallière des tirants et têtes de pinces type W20 ou W25, en s’appuyant sur le cône Morse de la broche et un nez spécial ou un adaptateur.

Le serrage par pince offre une concentricité souvent meilleure que 0,01 mm, avec un temps de mise en position très court. Si vous fabriquez régulièrement de petites bagues, inserts ou vis spéciales, cet investissement approche vite de l’évidence. C’est un peu l’équivalent, en tournage, d’un porte-outil de haute précision sur une fraiseuse.

Porte-outils multifix et tourelles rapides tripan : optimisation des changements d’outils

Les tours Devallière ont été livrés avec des tourelles classiques à 4 positions, mais beaucoup d’utilisateurs les ont modernisés avec des systèmes de type Multifix ou Tripan. Ces tourelles rapides permettent de préparer plusieurs porte-outils réglés en hauteur, interchangeables en quelques secondes. Vous gagnez ainsi en productivité et en confort, surtout si vous alternez souvent chariotage, alésage, filetage et tronçonnage.

L’ajout d’une tourelle rapide transforme littéralement l’expérience utilisateur, un peu comme le passage d’un mandrin classique à serrage manuel à un mandrin à serrage rapide sur une perceuse. Sur un Devallière H130 ou H140, cette optimisation est particulièrement pertinente, car le temps de réglage représente une part significative du temps total d’usinage en atelier de petite série ou de prototypage.

Dispositifs de copiage hydraulique ou mécanique montés sur certains H160 et H220

Sur les modèles plus lourds, notamment H160 et H220, il n’est pas rare de rencontrer des dispositifs de copiage, hydrauliques ou mécaniques. Ces systèmes, fixés sur le trainard, permettent de reproduire un profil à partir d’un gabarit ou d’un modèle, facilitant la production en série de formes complexes : gorges, bombés, profils de poignées, etc.

Même si ces équipements sont moins recherchés aujourd’hui que par le passé, en raison de la généralisation des commandes numériques, ils restent extrêmement efficaces pour la petite et moyenne série sur tour conventionnel. Pour vous qui travaillez sans CNC mais avec des exigences de répétabilité, un dispositif de copiage en bon état sur un Devallière représente un vrai plus.

Précision, tolérances et applications typiques des tours devallière

Les tours Devallière ont été conçus pour la précision plutôt que pour la seule puissance brute. Sur un H130 ou un H140 en très bon état, il n’est pas rare de tenir des tolérances de l’ordre de ±0,005 à ±0,01 mm sur des longueurs courtes, pour peu que les outils soient affûtés correctement et que les conditions de coupe soient optimisées. Pour des portées de roulements, des ajustements H7/g6 ou des bagues d’usure, cette précision est largement suffisante.

Le champ d’applications typiques inclut : la réalisation de bagues et coussinets, la remise en état d’axes, la fabrication de petits outillages (pointes, montages spécifiques, adaptateurs), la préparation de pièces de vélo ou de moto (moyeux, entretoises, boîtiers), voire certains travaux auto comme l’usinage de bagues de centrage de volant moteur ou la reprise de disques de frein. Avec un H160 ou un H220, la palette s’élargit vers les travaux plus lourds, comme les arbres de machines, les flasques, les poulies ou les éléments de transmissions mécaniques.

L’analogie avec un bon tour d’outilleur suisse est souvent pertinente : un Devallière bien entretenu ne rivalise certes pas avec un Schaublin 102 en ultra-précision, mais offre un niveau de qualité largement suffisant pour l’outillage général, avec des capacités de diamètre et de longueur supérieures et un coût nettement plus abordable sur le marché de l’occasion.

Rénovation, rétrofit et mise aux normes des tours devallière anciens

Beaucoup de tours Devallière disponibles aujourd’hui ont entre 40 et 70 ans. La rénovation et le rétrofit sont donc des sujets récurrents. La plupart des travaux de remise en état concernent le nettoyage et le contrôle du banc, la révision de la broche (changement de roulements ou réglage des paliers bronze), le remplacement des roulements de lyre, la révision des vis trapézoïdales et le contrôle des jeux au niveau du trainard et des lardons.

Sur le plan électrique, une armoire d’origine des années 60 ne répond plus aux normes actuelles. Le remplacement du câblage, l’ajout d’un arrêt d’urgence, de contacteurs modernes et, éventuellement, d’un variateur de fréquence, constituent des investissements très raisonnables au regard du gain en sécurité et en confort. Sur un H130 ou H140, la remise en conformité avec des dispositifs de carterisation adaptés, un frein efficace et une bonne ergonomie des commandes permet un usage serein même dans un petit atelier domestique.

La difficulté principale réside rarement dans la mécanique de ces tours, généralement surdimensionnée et robuste, mais plutôt dans l’accès à certaines pièces spécifiques (pignons de lyre, éléments de boîte Norton, pièces de fonderie en cas de casse). Heureusement, la communauté d’utilisateurs reste active, et beaucoup de pièces se refabriquent au besoin, parfois sur des machines similaires. Pour qui aime la belle mécanique et dispose d’un peu de temps, remettre un tour Devallière au meilleur de ses capacités reste une expérience particulièrement gratifiante, comparable à la restauration d’une machine-outil de collection destinée à être utilisée au quotidien plutôt qu’exposée sur un piédestal.

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